Extrait du chapitre 1 d’Écosphère

Les visiteurs affluaient de toutes les cités du monde d’Excelior pour se rendre au Mémorial. Une haute tour se dressait au bord d’une falaise, ornée d’un immense vitrail qui évoquait un duel entre un héros et un colosse de métal. Au centre, une petite sphère en cuivre, nimbée de flammes vertes, séparait les deux adversaires. La lumière du soleil réfléchissait les couleurs vives du vitrail et ne manqua pas d’attirer l’attention des gens dans la file d’attente, parmi lesquels se trouvait Leily Stirner.

Leily Stirner avait dix-sept ans. Sa longue chevelure d’ébène coiffée en tresse et parée d’un énorme chapeau la distinguait immédiatement de la foule, tout comme son manteau de cuir usé qui laissait entrevoir un séduisant corset noir. Leily était une pirate qui, malgré son jeune âge, était à la tête d’un équipage et d’un navire : la Rose noire.

Remontant péniblement la file d’attente, ses pas la guidèrent jusqu’au poste de sécurité où se trouvait une demi-douzaine de gardes. Ils appartenaient à la Ligue verte, un ordre ancestral chargé de veiller sur la nature et son équilibre. En guise d’uniforme, ils étaient vêtus d’un pantalon de treillis vert émeraude et d’un plastron en cuir agrémenté de pièces en acier. Certains d’entre eux portaient un épais blouson marron. Ils se faisaient appeler les « Gardiens » et ce mémorial leur était consacré, tout du moins à un événement qui eut lieu quinze ans plus tôt.

Une garnison d’une vingtaine de Gardiens était en charge de la sécurité du Mémorial, ceux postés à l’entrée s’occupaient de palper un à un les visiteurs et vérifiaient leurs effets personnels pour s’assurer qu’aucune arme n’était cachée. Le tour de Leily arriva.

— J’imagine que pour moi ce sera la dame ! s’exclama-t-elle d’un air malicieux qui ne laissa personne de marbre, dont la Gardienne un peu potelée qui s’approchait.

La pirate se laissa inspecter comme n’importe quel autre visiteur et rien de suspect ne fut trouvé, pas même l’oreillette discrètement logée dans son conduit auditif. La Gardienne releva néanmoins un détail sur les mains de la pirate : sur chacune était apposée une Affinité. Depuis les origines du monde d’Excelior, chaque humain naissait avec une Affinité. Il en existait une pour chaque élément naturel et cette marque était gravée à même la chair, sur une région aléatoire du corps, tel un pacte avec la nature. La Terre, l’Air, le Feu et l’Eau ; l’élément auquel était affilié le nouveau-né relevait du pur hasard, à moins que ce ne soit le destin ? En tout cas, l’Affinité permettait aux habitants d’Excelior de contrôler l’un des quatre éléments. Leily avait la particularité d’en avoir deux, l’Air et l’Eau. Un fait rarissime.

— Deux Affinités… Un grand chapeau de pirate… Vous devez être Leily Stirner, le capitaine de la Rose noire, dit la Gardienne.

— Mais oui, je la connais ! C’est la Princesse des pirates ! On dit qu’elle et ses hommes n’ont jamais tué qui que ce soit ! s’exclama un collègue.

— Ravie de constater que ma réputation me précède ! répondit fièrement Leily, avec un large sourire.

— Mais je ne vois pas votre équipage…

— Ils sont à bord de mon navire. J’ai décidé de profiter de cette magnifique journée pour découvrir le Mémorial.

Pendant ce temps, un autre Gardien écoutait la discussion, confortablement assis dans le poste de sécurité. Puis il s’aperçut qu’un avis de recherche à l’effigie de la pirate était épinglé sur le mur. Il se leva d’un bond et décrocha l’avis pour ensuite le tendre à sa collègue, et accessoirement cheffe d’équipe ! Celle-ci le porta à son regard et l’examina soigneusement.

— Malgré vos « qualités », vous n’en restez pas moins une maudite pirate : vols, coups et blessures, enlèvements contre rançon… Et j’en passe ! Nous devrions vous arrêter sur-le-champ.

Tout en gardant son calme, Leily baissa légèrement l’avis avec son index pour croiser à nouveau le regard de son interlocutrice. Elle affirma ensuite :

— Vous savez autant que moi que vous n’avez pas le droit de faire ça, en narguant son interlocutrice d’un clin d’œil.

La pirate avait raison. Depuis la récente inauguration du Mémorial, il fut inscrit dans les lois de toutes les cités et villages d’Excelior que chaque habitant devrait s’y rendre au moins une fois dans sa vie. Pour commémorer les faits qui s’étaient produits quinze ans plus tôt. Il était tout de même curieux qu’une pirate se plie à ce genre de règlement ! Malgré leurs réticences et leurs suspicions, les Gardiens se résignèrent à la laisser passer. Leily pénétra dans le monument.

***

L’immense vitrail était également visible depuis l’intérieur, les rayons du soleil qui le traversaient rendaient l’atmosphère aussi paisible que colorée. Les huit étages de la tour se répartissaient en arc de cercle autour du vitrail, une passerelle permettait aux visiteurs de s’en approcher pour mieux l’admirer depuis le sommet.

En contrebas, on pouvait voir un orbe trôner sur son présentoir en marbre, au centre du rez-de-chaussée, constituant ainsi la première chose exposée aux yeux du public lorsqu’il entrait au sein du monument. Une couche de cuivre recouvrait la coque de cet appareil pas plus gros qu’un pamplemousse. Des clapets se répartissaient de part et d’autre de son équateur et un petit cadran laissait entrevoir un mécanisme composé de plusieurs engrenages ; ils semblaient inactifs. Cet orbe correspondait à celui dessiné sur le vitrail, il portait le nom d’« Écosphère ».


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