Pourquoi avoir choisi l’autoédition ?

Publier sans éditeur, un phénomène autrefois marginal qui prend peu à peu de l’ampleur : 1 livre sur 5 déposé en 2016 à la BNF était autoédité, et c’est aujourd’hui mon cas ! Une tendance qui montre implicitement certaines réalités sur le monde de l’édition. Je vous partage dans cet article le résultat de mes recherches et ma vision des choses sur le sujet.

Un modèle en question

Une fois le manuscrit achevé, bon nombre d’auteurs rêvent de le voir publié par une maison d’édition. Si l’ouvrage a la chance d’être sélectionné, l’éditeur l’accompagnera dans la correction de l’oeuvre et le fera diffuser pour que le livre soit disponible en librairie et ainsi lui permettre de trouver son public. En échange de quoi l’écrivain sera reconnu (peut-être) et rémunéré en droits d’auteur ! C’est le modèle qui constitue la norme dans le monde du livre et, raconté comme je viens de le faire, il a de quoi donner envie !

Pourtant en 2018 tout n’est pas si rose, surtout du côté des auteurs…

Vous avez dut le remarquer autant que moi, il y a un nombre faramineux de romans en librairie. Je ne sais d’ailleurs jamais quoi choisir si je ne me décide pas à l’avance ! Avec plus de 60 000 nouveautés par an (68.199 en 2017), on assiste à une surproduction dans le marché du livre, cela permet aux maisons d’édition d’offrir au public un très grand nombre de titres mais la conséquence est qu’il est devenu très difficile pour un jeune auteur de percer… En effet, si vous y regardez de près ce sont principalement les auteurs déjà connus qui sont mis en avant dans les rayons en librairies ou sur les réseaux sociaux des éditeurs. Et c’est un cercle un peu vicieux : si le livre ne se vend pas suffisamment, il est retiré du rayon au bout de quelques semaines pour laisser la place à d’autres nouveautés. De ce point de vue, seuls les livres qui se vendent bien continuent à l’être ! Or il faut du temps pour qu’une histoire inconnue rencontre ses lecteurs … Vivre de l’écriture n’est pas une mince affaire ! Que ce soit pour un auteur débutant mais aussi lorsqu’il est plus expérimenté.

D’ailleurs, saviez-vous qu’un auteur ne touche que 5 à 12% du prix de vente de son livre ? Et ce une fois par an ? Le propos ici n’est pas de parler d’argent mais du quotidien parfois difficile des auteurs. L’enjeu est simplement de pouvoir vivre de son métier. La vidéo ci-dessous, issue d’une websérie crée par la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse vous l’expliquera de manière humoristique et décalée :

« Riche et célèbre », épidode 1 de la websérie « Dans la peau d’un auteur jeunesse ».

Cette vidéo se concentre sur les auteurs jeunesse, mais la situation n’est guère plus reluisante pour leurs confrères : selon les études, entre 41% et 53% des auteurs professionnels gagnent moins d’un SMIC par an … En conséquence, l’auteur doit exercer un métier à côté pour vivre dignement. Or la qualité des ouvrages s’en fait ressentir, renforçant ainsi le cercle vicieux dont je parlais tout à l’heure ! Ceux qui ont la chance de vivre de leur plume sont plus disponibles et créent donc des ouvrages de meilleure qualité. Ces derniers auront plus de chances d’être vendus, et donc lus.

Côté éditeurs, les choses ne sont pas toujours simples non plus, avec une baisse des ventes de 1,61% en 2017 selon le Syndicat national de l’édition. Cela m’amène à penser que la précarité des auteurs risque de s’aggraver encore plus… Pour essayer de compenser ce déficit, les éditeurs vont publier toujours plus de nouveautés tout en privilégiant les les auteurs les plus « bankables » dans la promotion auprès du public. C’est une logique compréhensible, dans la mesure où elle permet aux maisons d’édition de perdurer économiquement. Ce qui est regrettable en revanche, c’est la répartition inégale des richesses générées par cette industrie culturelle : l’auteur est le parent pauvre de la chaîne du livre alors qu’il en est la base ! C’est une situation contre laquelle lutte la Ligue des auteurs professionnels, présidée par Samantha Bailly. Vous avez peut-être vu tourner le #PayeTonAuteur sur les réseaux sociaux, ils en sont à l’origine.

Tous les chiffres que j’ai donné sont assez récents mais la tendance ne date pas d’hier et c’est dans ce contexte que sont apparus de nouveaux acteurs dans le champs éditorial, notamment Amazon, en proposant une alternative aux auteurs pour aller à la rencontre du public.

Une démarche alternative

Je n’ai jusqu’à présent soumis aucun manuscrit dans une maison d’édition. Même si mon intention est d’en trouver une par la suite, j’ai en effet préféré débuter avec l’autoédition. Non par dédain car je trouve que les différents métiers de la chaîne du livre sont tous plus beaux et passionnants les uns que les autres (surtout le métier de libraire !), mais parce que la situation que j’ai décrit en première partie ne m’incite pas vraiment dans cette voie en tant que jeune auteur … D’autre part, j’ai été très attiré par le côté entrepreneurial et innovant de l’autoédition.

En effet, l’essor du web et des nouvelles technologies a donné lieu à de nouvelles façons de publier des ouvrages. Là où il fallait dans le passé faire imprimer un stock de livres pour tenter de les vendre dans les salons locaux, l’arrivée de l’ebook et des liseuses numériques a changé la donne. Des acteurs, comme Amazon ou Fnac, se sont engouffrés dans la brèche pour proposer un nouveau genre de publication : permettre à tous les écrivains de publier une version numérique de leur texte sur leur plateforme e-commerce et sur leurs liseuses. C’est d’ailleurs ce qui me plait particulièrement dans l’autoédition : elle démocratise la fonction d’auteur à l’opposé de la politique plutôt élitiste qui a cours dans l’édition traditionnelle. En autoédition, chacun est libre de tenter sa chance, le livre n’est pas jugé par un comité de lecture mais directement par le public.

Amazon est même allé plus loin en proposant un service d’impression à la demande et permet ainsi aux écrivains de mettre à disposition une version papier sur leur célèbre site, tout en bénéficiant de la logistique de livraison du géant américain. Le lecteur reçoit le livre directement à la maison et tout cela sans le moindre coût direct pour l’auteur ! Ils prélèvent une commission de 40% sur le prix de vente, ce qui laisse ainsi 60% de redevance à l’auteur (contre, je le rappelle, 5 à 12% dans l’édition traditionnelle). Un tel écart s’explique dans le fait qu’il y a aucun intermédiaire entre l’auteur et Amazon. Néanmoins, cela n’a rien d’un remède miracle ! Ce modèle comporte lui aussi ses propres nuances…

En autoédition l’écrivain ne bénéficie d’aucun soutien de la part d’un professionnel du livre, contrairement à ce que propose les maisons d’édition. Il est totalement livré à lui-même, que ce soit dans le choix de la couverture, la correction et la mise en page du texte et surtout la promotion auprès des lecteurs. Cette indépendance ne convient pas à tous les profils car cela demande des compétences supplémentaires, notamment en communication digitale et en administration. Certains auteurs préfèrent être accompagné et soutenu par un éditeur, tandis que d’autres sont à l’aise avec le fait d’avoir à gérer l’ensemble du processus de publication. Je pense qu’il n’y a pas de démarche mieux ou moins bien que l’autre, tout est une question de profil et de sensibilité.

De la même manière, on a souvent une vision assez péjorative de l’auteur autoédité, un peu comme s’il publiait son livre par ses propres moyens car il n’a pas été fichu d’être accepté pas une maison d’édition! Je ne pense pas qu’un autoédité soit un « sous-écrivain ». Au contraire, il entreprend son projet de bout en bout ! Prenons par exemple le choix de la couverture, les écrivains en maison d’édition sont souvent déçus du résultat car ils n’ont pas (ou rarement) voix au chapitre … C’est en effet c’est l’éditeur qui la choisit. Dans le cas d’un auteur indépendant, il est totalement libre de choisir le l’illustrateur qui réalisera la couverture. À moins qu’il sache le faire lui-même, mais personnellement je n’ai pas ce talent! C’est ce qui m’a amené à choisir Winnie Joe pour réaliser les couvertures d’Écosphère, j’adore la manière dont elle met en couleur ses illustrations ! N’hésitez pas à jeter un œil à ses travaux 😉

Une autre raison qui guidé dans mon choix réside dans le fait que l’auteur reste le seul propriétaire de son oeuvre. Dans l’édition classique, il doit céder ses droits à la maison d’édition pour que celle-ci le publie. De ce point de vue, l’oeuvre ne lui appartient plus totalement et n’est donc plus libre d’en faire ce qu’il veut. Par exemple faire fabriquer des produits dérivés ou encore réaliser un court métrage à partir de son histoire. Il aura besoin de l’autorisation de l’éditeur s’il souhaite se lancer dans ce genre de projet. Sachant que j’ai des idées d’illustrations ou de BD à côté du roman, cette indépendance est une chose que j’apprécie !

Pour conclure, je dirai que l’autoédition est un très bon moyen pour se lancer dans l’écriture. L’auteur indépendant va directement à la rencontre du public, notamment grâce aux réseaux sociaux. Même si l’oeuvre n’est pas parfaite dans la forme, les retours que l’on a de la part des lecteurs permettent d’apprendre de ses erreurs et c’est, à mon sens, la meilleure façon d’aller de l’avant pour faire rêver les gens grâce à l’histoire qu’on a écrit. C’est une aventure humaine que j’aimerais partager avec mes lectrices et lecteurs, et par la suite pourquoi pas poursuivre cette aventure avec un éditeur ?

Et vous, quels sont vos goûts en la matière ? C’est un détail important pour vous que le livre soit publié par une maison d’édition ou bien par un auteur indépendant ? Pour moi, ce qui compte c’est avant tout l’histoire qui est racontée !

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